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Comment devenir optimiste et réaliste à la fois ?

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Comment devenir optimiste et réaliste à la fois ?

Il existe une façon de voir la vie du bon côté qui ne s’oppose ni à la complexité de notre psychisme ni à la raison. Le psychologue et psychanalyste Alain Braconnier propose des pistes pour un « optimisme intelligent ».
Pour voir « le verre à moitié plein », il s’agit de pratiquer un optimisme qui concilie réalisme et lucidité et qui est de surcroît très bénéfique.

Le chercheur en psychologie américain Christopher Peterson se réfère à des études qui mettent en évidence qu’une disposition d’esprit optimiste est associée au bonheur, à la persévérance et à l’accomplissement personnel. L’optimiste intelligent n’est pas dans l’illusion : il ne néglige pas certains aspects du pessimisme, ne dénie pas la complexité de notre psyché et il fait appel à nos ressources personnelles.

Comment devenir un optimiste réaliste ?

1) Utiliser le pessimisme car il est anticipateur : il nous oblige à prendre en considération des freins, des difficultés, des obstacles, autant de facteurs d’échec possibles, ou de problèmes que notre enthousiasme nous conduit parfois à minimiser ou à ignorer. En un mot, il nous remet dans la complexité du réel et nous amène à mieux penser nos décisions et nos choix. Il est le garde-fou qui nous empêche de tomber dans «l’optimisme de l’illusion» et un levier de créativité. En nous obligeant à faire preuve d’initiative et d’imagination pour surmonter les obstacles, le pessimisme nous pousse dans nos retranchements et nous permet de mobiliser toutes nos ressources. Lucidité, anticipation, imagination sont donc les vertus d’un pessimisme sélectif, mis au service d’un optimisme réaliste!

2) Raisonner en positif : développer une disposition optimiste à penser le futur. Il s’agit de développer une confiance à obtenir des résultats et de se focaliser sur des expériences positives à vivre. S’adonner à la rêverie positive sur le futur, sans souci de réalisme, est également un moyen agréable et efficace de faire barrage à l’anxiété. Les optimistes ont tendance à considérer des épisodes désagréables comme étant momentanés, spécifiques à une situation donnée et liés à des raisons extérieures à eux. Les optimistes pensent que le fait d’agir aura des conséquences plus bénéfiques que s’ils laissaient simplement « faire les choses ». Un comportement actif (élaborer une stratégie, faire un choix, poser un acte) est toujours plus positif – en termes d’image de soi, de confiance et de vision d’avenir – qu’un comportement d’inhibition ou de passivité. Le bon réflexe est donc de prendre en compte la situation (échec, impasse) puis de se demander : «Que puis-je faire maintenant ?» Cela nous fait quitter la position de victime pour nous remettre en position de sujet.

3) Accepter la réalité : il s’agit de prendre temps de digérer toute situation (échec, impasse, retard) et les émotions qu’elle déclenche. Trop de décisions sont prises hâtivement parce qu’elles sont motivées par le désir de passer à un épisode plus agréable. Or, l’optimisme intelligent « fait avec » la réalité, il n’est ni déni de celle-ci ni refoulement des émotions négatives. Il s’agit de porter un regard distancié sur la situation: «Que m’a-t-elle appris (sur moi, sur les autres)? Quelles améliorations puis-je apporter (formation, information…)? Quelles perspectives m’ouvre-t-elle (changer de voie, …)?» Accepter qu’il existe des problèmes définitivement ou momentanément impossibles à résoudre. Des études montrent que les optimistes lâchent prise plus facilement et passent à un autre projet, tandis que les pessimistes ruminent, ressassent, perdent du temps et de l’énergie. Il s’agit d’oser se confronter à nos émotions négatives, sans les nier, sans non plus les grossir.

4) Profiter de la vie : l’optimisme est un élan qui nous pousse à aller de l’avant. Il s’agit de prendre conscience de la dose de confiance en soi et en l’avenir qu’il nous a fallu pour arriver là où nous sommes et de savourer ce qui est déjà là ! Au contraire du pessimiste, dont le regard ne s’attarde que sur le mauvais, il s’agit de construire des cercles vertueux, en s’appuyant sur nos petites réussites, qui permettent de gagner en confiance et en ambition. Prendre le temps de penser, de questionner, de s’informer, d’imaginer et de rêver.

5) Questionner ses regrets : le pessimiste se fixe sur des blessures ou des échecs, il sape l’estime de soi, la confiance dans ses ressources et dans le futur. Se tourner vers son passé pour y extraire des moments de bonheur, de réussite ou de simple bien-être est la première étape pour pouvoir réécrire une autobiographie heureuse ! Il s’agit d’apprendre à gérer nos regrets qui occupent notre mental, qui nous empêchent de profiter de l’instant présent. Ces regrets-là sont à déconstruire, en se posant les questions suivantes: de quel désir était-il le fruit? À quelle époque de notre vie s’est-il manifesté? Qu’est-ce qui l’a fait échouer? Qu’aurions-nous pu faire pour réussir? Est-il encore réalisable aujourd’hui? À quelles conditions? Qu’est-ce que cette réussite nous apporterait? Est-on certain de la désirer autant et que rien d’autre ne nous apporterait les mêmes bénéfices? Ce questionnement a le mérite de nous sortir du fantasme et d’une position passive, et de nous remettre face à notre désir actuel.

L’enjeu est de pouvoir nous focaliser sur ce qui ne dépend que de nous, sur ce que nous pouvons faire concrètement, de rester lucide – sans tomber dans la négativité – de tourner notre regard vers ce qui est beau, agréable, positif, de ne plus nous plaindre, mais « d’embrasser » les situations, même si elles nous stressent ou nous angoissent. Optimisme et lucidité sont des alliés !